Santé !
22 octobre 2007 18:50 | Intoxiqué | 1 commentaire
C'est courageusement, par lyrisme clinique et amour de la blouse blanche, que je me rends un beau matin dans un centre médical afin de me faire prélever quelques échantillons du sang qui parcourt mes veines (entre autres choses).
L'angoisse de l'attente, la peur de la découverte. Mais je m'emballe. Ce bilan sanguin complet, ordonné en bonnes et dues formes par mon médecin, inquiet pour ma santé – à 22 euros la visite il peut se permettre cet état d'âme – n'est peut être que la partie visible de l'iceberg. Aucun vaccin à jour depuis plus de quinze ans et une manie à délaisser ma santé auront peut être raison de moi. Je m'attends au pire.
On appelle enfin mon numéro, après tout nous ne sommes que ça. On me fait entrer dans une pièce, on m'installe, on me pique, on me prend mon sang avant de me dire poliment mais fermement que d'autres attendent leur tour. Si ça se trouve, je suis mourrant, sauf que personne ne le sait encore. «Et la présomption de maladie t'en fais quoi salope ?» ai-je hurlé à l'infirmière. J'aurais modéré mon jugement si on m'avait au moins filé un petit gâteau pour couper ma faim.
L'angoisse de l'attente, la peur de la découverte. Mais je m'emballe. Ce bilan sanguin complet, ordonné en bonnes et dues formes par mon médecin, inquiet pour ma santé – à 22 euros la visite il peut se permettre cet état d'âme – n'est peut être que la partie visible de l'iceberg. Aucun vaccin à jour depuis plus de quinze ans et une manie à délaisser ma santé auront peut être raison de moi. Je m'attends au pire.
On appelle enfin mon numéro, après tout nous ne sommes que ça. On me fait entrer dans une pièce, on m'installe, on me pique, on me prend mon sang avant de me dire poliment mais fermement que d'autres attendent leur tour. Si ça se trouve, je suis mourrant, sauf que personne ne le sait encore. «Et la présomption de maladie t'en fais quoi salope ?» ai-je hurlé à l'infirmière. J'aurais modéré mon jugement si on m'avait au moins filé un petit gâteau pour couper ma faim.
Et l'attente se prolonge, mais pas au centre hospitalier, elle s'insinue dans mon existence quotidienne. Je dois attendre. Je sens déjà la maladie qui me ronge continuer son ouvrage, avec plus de zèle qu'avant que je soupçonne son hypothétique existence. Les jours défilent, tous semblables, et je m'affaiblis à vu d'œil. Dire qu'avant d'aller chez le docteur, tout allait bien.
J'attends toujours le courrier qui me fera office d'épitaphe. Lorsqu'il arrive enfin, c'est tout d'abord la facture qui accompagne les soins qui me porte un coup fatal. Faire payer cent euros pour une malheureuse prise de sang à un mort en sursit, c'est un manque de tact effroyable, intolérable, inconcevable. Je pourrais me faire rembourser par la suite, mais, si je meurs avant d'être remboursé ?
Et lorsque j'ouvre le courrier qui m'est adressé, je frémis. Je parcours le bilan sanguin, et fonce chez mon médecin.
Je lui fais part de mon inquiétude quant à ces résultats catastrophiques. Hématies, hémoglobine, V.G.M Leucocytes et ainsi de suite, tout est parfaitement normal. Ce qui m'inquiète le plus, c'est cette phrase en bas du compte rendu de mon bilan sanguin, cette phrase de mauvaise augure, qui tombe comme un couperet : « absence d'anomalie cellulaire notable »
Soudain, tout bascule à jamais, alors que mon toubib m'annonce que je suis bel et bien en parfaite santé, avant d'ajouter que c'est même plutôt étonnant. J'éclate en sanglots, lui hurle qu'il se trompe, qu'ils ont fait une erreur quelque part, tandis qu'il reste imperturbable, marmonnant des formulations de politesse très recherchées du genre « je suis désolé », mais qu'il « me reste encore un espoir ».
Un espoir, il en a de bonnes lui, on voit bien qu'il n'est pas dans ma situation. Lorsque je sors de son cabinet, je goutte à l'air oxydé de la ville, m'enivre du soleil générateur de tumeurs, me délecte du chant des oiseaux vecteurs de maladies… heu non en fait ça me gonfle toujours autant ces niaiseries, mais pourtant, je goutte chaque instant de mépris que je voue envers toutes ces merveilleuses choses, qui font d'une existence fade pour être humain moyen, rien de plus ni de moins que ce qu'elle est déjà.
Je vis chaque seconde comme si c'était la dernière, au bout d'une minute j'arrête de compter parce que ca devient ridicule, et me résous à mon triste sort.
Je suis en bonne santé. Quelle tragédie.
C'est dingue d'avoir une vie aussi banale. Même pas foutu d'être à l'article de la mort à vingt trois ans, c'est absolument pathétique. Je rate décidément tout ce que j'entreprends.
Je croise un handicapé moteur, déambulant sur son fauteuil roulant. Mon destin tragique m'apparaît comme une insulte et l'irruption de ce personnage, une provocation, à laquelle je réponds.
Je me lance à la poursuite du malandrin en lui jetant des pierres ainsi qu'en l'insultant allégrement, afin d'expier mon chagrin.
Les gens malades n'ont aucune pitié pour les personnes en bonne santé, trop heureux de pouvoir goûter avec délectation aux plaisirs les plus simples, et bien moi je n'ai aucune pitié pour eux, moi qui souffre du terrible fardeau de la normalité, ainsi que du peu de jouissances qui l'accompagne.
Monde de merde.
J'attends toujours le courrier qui me fera office d'épitaphe. Lorsqu'il arrive enfin, c'est tout d'abord la facture qui accompagne les soins qui me porte un coup fatal. Faire payer cent euros pour une malheureuse prise de sang à un mort en sursit, c'est un manque de tact effroyable, intolérable, inconcevable. Je pourrais me faire rembourser par la suite, mais, si je meurs avant d'être remboursé ?
Et lorsque j'ouvre le courrier qui m'est adressé, je frémis. Je parcours le bilan sanguin, et fonce chez mon médecin.
Je lui fais part de mon inquiétude quant à ces résultats catastrophiques. Hématies, hémoglobine, V.G.M Leucocytes et ainsi de suite, tout est parfaitement normal. Ce qui m'inquiète le plus, c'est cette phrase en bas du compte rendu de mon bilan sanguin, cette phrase de mauvaise augure, qui tombe comme un couperet : « absence d'anomalie cellulaire notable »
Soudain, tout bascule à jamais, alors que mon toubib m'annonce que je suis bel et bien en parfaite santé, avant d'ajouter que c'est même plutôt étonnant. J'éclate en sanglots, lui hurle qu'il se trompe, qu'ils ont fait une erreur quelque part, tandis qu'il reste imperturbable, marmonnant des formulations de politesse très recherchées du genre « je suis désolé », mais qu'il « me reste encore un espoir ».
Un espoir, il en a de bonnes lui, on voit bien qu'il n'est pas dans ma situation. Lorsque je sors de son cabinet, je goutte à l'air oxydé de la ville, m'enivre du soleil générateur de tumeurs, me délecte du chant des oiseaux vecteurs de maladies… heu non en fait ça me gonfle toujours autant ces niaiseries, mais pourtant, je goutte chaque instant de mépris que je voue envers toutes ces merveilleuses choses, qui font d'une existence fade pour être humain moyen, rien de plus ni de moins que ce qu'elle est déjà.
Je vis chaque seconde comme si c'était la dernière, au bout d'une minute j'arrête de compter parce que ca devient ridicule, et me résous à mon triste sort.
Je suis en bonne santé. Quelle tragédie.
C'est dingue d'avoir une vie aussi banale. Même pas foutu d'être à l'article de la mort à vingt trois ans, c'est absolument pathétique. Je rate décidément tout ce que j'entreprends.
Je croise un handicapé moteur, déambulant sur son fauteuil roulant. Mon destin tragique m'apparaît comme une insulte et l'irruption de ce personnage, une provocation, à laquelle je réponds.
Je me lance à la poursuite du malandrin en lui jetant des pierres ainsi qu'en l'insultant allégrement, afin d'expier mon chagrin.
Les gens malades n'ont aucune pitié pour les personnes en bonne santé, trop heureux de pouvoir goûter avec délectation aux plaisirs les plus simples, et bien moi je n'ai aucune pitié pour eux, moi qui souffre du terrible fardeau de la normalité, ainsi que du peu de jouissances qui l'accompagne.
Monde de merde.
1 commentaire à cet article.
Je suis certaine qu'un psy à 50€ de l'heure voudra bien te trouver une petite névrose ou un Œdipe.