La conspiration du mendiant-moignon

31 octobre 2007 18:09 | Agité | 0 commentaire

 




Je me demande, parfois, lorsque je déambule sous le soleil timide et hivernal du sud, de qui se moque t'on ici bas. Moi il y a quelque chose qui me choque, à l'intérieur même de la citée phocéenne, c'est la pauvreté. Oui oui, tu lis bien, la pauvreté me choque. Mais pas n'importe laquelle, comme tu t'en doutes déjà, ami lecteur.

Je suis comme tout le monde déjà bien rôdé, et les complaintes geignardes des mères semi immigrées clandestines tenant  dans les bras leurs morveux maigrelets à demi nus par moins dix degrés comme on pointe un flingue pour nous soutirer quelques deniers, ça me laisse de marbre tout comme ça me donne envie d'appeler les services de protection de l'enfance. Non pas pour protéger l'enfant, juste par envie d'emmerder cette mère indigne. Dans la même optique, le bon vieux clochard ivre mort articulant comme un cancéreux en phase terminale shooté à la morphine qui vous insulte lorsque vous lui refusez une pièce soit disant pour manger, le roumain jouant éternellement le même air d'accordéon dans le métro à qui on donnerait juste pour qu'il s'arrête de jouer et d'une manière plus générale, tout autre musicien des rues, qu'il soit doué ou non, le laveur de vitre polonais qui vous dégueulasse votre pare-brise alors qu'il était rutilant de propreté, il ne manque plus que le petit cireur de chaussure de Glasgow âgé de dix piges, à qui je flanquerai volontiers mes rangers au cul, bref tout ces parasites inutiles qui encombrent mes journées de dur labeur - de pute/salarié - et bien, ils me laissent froid.

Je suis profondément indifférent à la misère tsunamique du monde parce que c'est devenu, d'une part, un spectacle si commun que j'en viens à vouloir m'asseoir devant eux armé de pop-corn pour économiser un bon film dramatique, d'autre part, parce que c'est avant tout une arnaque sans nom, comme tout ce qui fait appel à la pitié et au porte monnaie. Campagne de don, sidaction, clodo, même combat. Tirer les poils du cul pour nous faire mouiller le globe oculaire et le portefeuille, telle est leur mission. Donc finalement, si « je n'en ai que foutre » de tout cela, qu'est ce qui peut bien me motiver à en faire le sujet du jour, quel est donc cette pauvreté dont je parle et qui semble me révolter ? Ce sont les mendiants-moignons. Les quémandeurs estropiés. Ceci me révolte, mais pas de la façon dont vous pouvez le croire. J'explique.

Déjà, on va passer sur la démarche qui consiste, comme les autres, à faire pitié, car ce qui me tue, c'est que dans une société où l'on vous colle un procès pour exhibitionnisme sur la voie publique, – en quoi une cours d'école maternelle  est elle une voie publique ? – où l'on vous balance un p.v pour atteinte à la pudeur tandis qu'on laisse des vaches aux mamelles ridés et rafistolés se promener nues sur la plage, dans cette grande nation où l'on vous stoppe à l'entrée d'un supermarché de bord de mer pour délit de forte poitrine pourtant bien à l'abris dans une maillot de bain, et bien je m'étonne qu'on laisse une armée de mendiants-moignons exhiber de façon éhontée un pied tordu, des jambes inexistantes, et pire que tout, un bout rond pendant au bout d'un avant bras, où à la place d'un coude. On se demande si on doit payer pour avoir le droit de le caresser, ce moignon. C'est de la prostitution passive.
Et encore, c'est pas tant ça qui me choque, c'est surtout ce qui en découle, car je ne supporte ni le mensonge, ni la malhonnêteté, et ce concept du mendiant-moignon est un procédé très discutable. Vous ne trouvez pas ça louche vous ? Y'a rien qui vous interpelle ? Mais réfléchissez, bande de mous. Passe encore que tous les mutilés du monde soient contraints de faire la manche, avec le moignon, passe encore d'utiliser un « accident »  - accident mon cul ! – pour soutirer du fric, mais justement, c'est ce concept d'accident, de malformation, que je trouve étrange.
Vous ne trouvez pas ça bizarre, que sur ces estropiés, aucun, et je dis bien aucun, ne se trouve dans l'incapacité de tendre au minimum une main pour mendier ? Comme c'est étrange ! Alors trop handicapé pour bosser mais assez valide pour ramasser de l'oseil ? Ils en ont de la chance dans leur malheur. Où est l'arnaque ?

Alors que le mec à qui il manque deux mains, je comprends qu'il en soit réduit à ça, mais il ne le fait pas, pourquoi ? Parce qu'il ne pourrait pas ramasser les pièces et s'en servir pour acheter des choses qu'il ne pourrait pas porter de toute façon. Donc il demande de l'aide, sûrement. Mais le mendiant-moignon avec deux mains en moins, ça n'existe pas. Bref, tout ça sent l'escroquerie à plein nez, ces mutilations étranges qui permettent d'exercer une activité menditive en solitaire, ça sent le réseau organisé, l'association des mendiants-moignons, où l'on se mutile gaiement pour inspirer la pitié.
J'imagine le cursus : à peine après avoir quitté une fac quelconque un diplôme de merde en poche, ou après être arrivé en France par des voix peu recommandables – la première solution est juste là pour ne pas qu'on me fasse un procès d'intention pour xénophobie – l'individu lambda se questionne… Quelle orientation choisir ? Quelle profession assurera son avenir ? Et là, un type glauque au coin de la rue tient en son unique main un tract vous vantant la vie avec un bras en moins, intitulé « la vie moignonne », il assure qu'il connaît un endroit où l'on vous coupe un membre gratos contre quinze pour cent de vos revenus sur la mendicité. Et voilà, les plus faibles et les plus démunis se retrouvent piégés. Un trafic bien organisé j'en suis certain. Et le must pour les futurs mendiants-moignons, c'est un stage de course sur champ de mines antipersonnelles en Afrique, les blessures font plus vrais.

Donc méfiez vous, amis lecteurs, du mendiant-moignon, qu'il soit bien de chez nous ou qu'il vienne d'un pays lointain, le cartel des moignons et leurs mensonges ne sont jamais loin, ils sont partout, ils nous observent et à chaque moignon tendu bien haut, c'est leur pouvoir qui se renforce.


Le nouvel ordre économique

25 octobre 2007 17:31 | Satisfait | 5 commentaires

 



Il convient, avant d'entamer cet article que j'espère sulfureux, de réhabiliter tout notre gouvernement, dont les efforts infatigables ne sont pas à mettre en cause dans l'échec de la résolution des grands problèmes nationaux. Incapables ou non, nos représentants élus ou non, ont la lourde tâche de réaliser l'impossible, car en effet, le problème à l'heure actuelle... c'est nous, le citoyen lambda.
Avec nos principes moraux d'un autre âge et nos valeurs fébriles et bancales, afin de préserver un semblant d'équilibre de tolérance et d'humanité, nous conduisons ce que nous essayons de sauver directement vers la tombe.

Le premier problème de la société française actuelle, c'est le manque.

Le manque de quoi me direz vous ? Et bien le manque de tout. Manque de travail, de fond dans les caisses de retraites, de logements décents, de place…que sais je encore. L'un des facteurs inhérents à ce manque, ce sont avant tout  les personnes âgées.
Grabataires, inutiles, séniles, ou pire même, bénévoles. Sales, incapables, assistés, déphasés avec le monde moderne. Les progrès de la science et la stupidité du monde médical pousse l'Homme à vieillir plus longtemps, à défaut de lui permettre de rester jeune plus longtemps. Plutôt que de trouver un moyen de le rendre utile à la société quelques années de plus, on lui permet d'être une charge pour plusieurs décennies.
Il convient de fixer légalement un âge limite. L'espérance de vivre jusqu'à 80 ans, abandonné de tous, malade et inutile… Quelle tristesse. Est cela, faire preuve d'humanité ?
Non. A la rigueur 60 ans est un bel âge pour mourir. La loi devrait donc fixer l'interdiction de vivre au-delà de 60 ans.
Ca laisse le temps de travailler, d'avoir une descendance,  de vivre quelques années d'une retraite paisible, sans l'angoisse liée à l'inactivité ainsi qu'à la peur d'une mort pouvant survenir n'importe quand. Ca permet de laisser aussi un cadavre tout propre, à peine ridé et utilisé. La population ayant tendance à vieillir, il faut la rajeunir de façon radicale. En simple, tuons nos vieux avant qu'ils ne soient mourrants.

Dans la même optique, on pourrait se débarrasser des enfants nés en milieu défavorisés. L'hérédité jouant en leur défaveur, il apparaît évident qu'ils finiront pauvres et alcooliques. Autant leur éviter tout de suite une vie faite d'emplois précaires et d'inactivité, d'échecs familiaux, une vie minable et sans intérêt dont la seule occupation consiste à se noyer sous les dettes et les unions maritales foireuses.
A la limite, on tire au sort les familles de classe plus que moyenne qui auront le droit d'avoir un enfant (pas un de plus, pas un de moins).
Les failles du système scolaire produisants plus de futurs délinquants que de futurs génies, les élèves n'atteignant pas la moyenne seront également abattus. Ajoutons à ça les personnes séjournants en prison, maisons d'arrêts, camps semi-disciplinaires, camps de régimes etc… Gain de place, économies, un plus pour l'ordre et la sécurité si chère à la masse.
Que du bonheur.

Toujours dans un soucis de faire de la place et d'éradiquer la pauvreté dans notre beau pays, il faudrait bien entendu ramasser tous les sans abris qui traînent afin d'en extraire les composants nutritifs pour les donner au bétail des élevages industriels.
C'est tout ce qu'il y a de plus humaniste que de vouloir éviter la torture de la vie sur le bitume à toute une population sans espoir de voir leur situation s'améliorer un jour. Si en plus ils peuvent servir au moins une fois dans leur vie.
Ensuite viennent les préoccupations liées au domaine de la santé. Inutile de continuer les recherches pour endiguer  les grands maux de notre époque, comme le cancer, le sida ou autre, la solution existe déjà.
On appelle ça : L'euthanasie (ou le destop.)
A défaut de la condamner, nous devrions la légaliser, voir même, la rendre systématique. Une maladie incurable : une euthanasie. La médecine, c'est sauver une vie avant tout, guérir le mal, effacer la douleur, ce que l'euthanasie réussit à merveille. D'un certain point de vue, on ne sauve jamais mieux quelque un qu'en lui donnant la mort.

Dans un soucis de préservation du système de sécurité sociale français ainsi que de la gratuité des soins, nous pourrions étendre le rayon d'action de cette euthanasie systématique afin de remplacer tous les traitements onéreux. Oui, même pour un rhume, on devrait euthanasier les malades, en particulier s'ils sont vieux, on ne sait jamais sur quoi un simple rhume peut déboucher.
Par extansion, on supprimera au passage les handicapés physiques et mentaux, toujours dans un soucis d'alléger le travail des membres du personnel des services de santé que nous pourrons ensuite supprimer  puisqu'ils ne serviront plus à rien eux aussi, ainsi que d'éradiquer ceux qui représentent le fardeau de l'inutile que porte notre société.

Il convient également de taxer des produits de grande consommation laissés pourtant de côté, comme l'air que nous respirons. Ceux ne s'acquittant pas de la taxe seront purement interdit de respirer. Si un contrevenant est pris par les forces de l'ordre en train de respirer un air qu'il ne paie pas, il sera sommé de payer, et s'il ne peut pas, il sera mis à mort aussi.
Bien entendu, en accord total avec cette doctrine, une fois les pauvres, chômeurs, handicapés, malades, vieux, enfants déviants et criminels éliminés, viendra le tour des assistantes sociales, des bénévoles d'organismes humanitaires, ainsi que des professeurs, instituteurs et autres membres du corps enseignant, les gardiens de prison, éducateurs, dresseurs de chien d'aveugle, fabricants d 'appareils destinés aux handicapés, médecins, aides soignantes et infirmières, sans oublier les fonctionnaires d'organismes tels que la Caf ou les Assedics.
L'inutilité est la clef de l'échec social, de la fracture économique. Et si cette euthanasie à grande échelle ne relève pas notre pays, alors c'est que ceux qui ont échappé à la mécanique du nouvel ordre seront devenus inutiles eux aussi. Il faudra donc songer  appliquer à nouveau une élimination successive et bien pensée des secteurs en crise.

On peut donc en déduire qu'à la fin, par effet de boule de neige, tout le monde devenant tour à tour inutile et donc pauvre, ceux qui promulguent lois et décrets, ceux qui gouvernent, ne serviront eux aussi strictement à rien, puisqu'il n'y aura plus personne pour les mettre au pouvoir, ainsi que pour obéir. Il faudra donc s'en débarrasser. Les forces de l'ordre seront par la même devenues totalement intutiles, elles devront se mettre à mort conformément à l'article en rapport avec la procédure à adopter dans ce cas.
Lorsqu'enfin, il ne restera plus aucun secteur encore existant pour assurer l'équilibre économique, hormis celui des pompes funèbres, la dernière entreprise, la plus puissante donc, devra se charger de la mise à mort ainsi que de l'inhumation de ses concurrents. Une fois cette fameuse entreprise de pompes funèbres devenue à son tour inutile, faute de personnes à inhumer, les employés ainsi que les cadres et autres supérieurs hiérarchiques devront procéder à leur propre exécution et inhumation.
Si l'option du suicide collectif par ensevelissement n'est pas utilisée, le dernier français encore debout devra s'enterrer vivant, sous peine de récolter une amende pour inutilité flagrante de cadavre et jet d'ordure sur la voie publique s‘il se suicide n‘importe où. La sanction, si le contrevenant ne paie pas, est la mort.

Avant de mourir étouffé, il devra au préalable s'assurer d'avoir bien payé sa taxe sur l'air respiré au cours de l'année fiscale.
C'est pourtant simple de gérer un pays, avec une loi toute simple. Condamnons l'inutilité.


5 commentaires

Le salarié est une pute (et un con)

23 octobre 2007 23:57 | Invincible | 3 commentaires

 





Ha, on vit quand même dans un beau pays de fumiers et de branleurs ! Non mais franchement. C’est la coutume, les grèves s’enchaînent. Passons vite sur cette manie quasi traditionnelle de gueuler fin septembre contre le gouvernement de celui que nous avons mis en place quelques mois auparavant. Entre les étudiants/internes en médecine, les privilégiés des régimes spéciaux, Air France qui va s’y mettre aussi, bref, que des emmerdes en perspective, alors que Sarkozy tente tant bien que mal de tenir au moins une de ses promesses, à savoir la rupture.

Toute cette agitation, couplée sur fond de défaite en coupe du monde de rugby, ça créé de forte tension. Sûr que si on avait gagné, sûr que si le président de la république était heureux en ménage, on en serait pas là. Faut voir les choses en face, y’a quand même des choses vachement plus importantes que les petits privilèges à couper à la guillotine ou bien la sauvegarde d’un système médicale qu’aucun pays du monde ne nous envie, et surtout pas les pays ou les soins sont une légende tribale. Mais vous voir déverser votre frustration sur les mauvais combat, cela m’est insoutenable.
Français, française, je suis ulcéré par votre attitude. Vous n’avez qu’augmentation de salaire, pouvoir d’achat, régime spéciaux et retraite à la bouche. Mais vous êtes une bande d’enculés ! Sans rire !
Vous devriez vous estimer heureux, quand on sait qu’un esclave peut abattre autant sinon plus de travail que vous, et même dix esclaves s’il le faut, ça reviendrait toujours moins cher que vous entretenir, d‘autant plus qu‘un nègr…qu‘un esclave crève en général avant d‘arriver à l‘âge de la retraite. Ha non, ne me parlez pas de mérite, d’effort, de rémunération, vous devenez mesquins sur le coup là. Travailler, dans notre monde, c’est déjà un mérite, une récompense. On vous accorde le droit au travail, et tous n’ont pas ce droit. Par le travail, on vous accorde de l’importance, une identité. Sans votre boulot minable, vous n’êtes rien. Et EN PLUS, vous êtes payés pour ça.

Et vos mioches ne valent pas mieux. Les études, de la maternelle jusqu’en fac, ça gueule. Ca bosse trop, les cartables sont lourds, les réformes c’est MAL et ainsi de suite… Mais je t’enverrai tout ça à la mine moi ! Faut pas s’étonner qu’on nous ponde des arrivistes fainéants, des fonctionnaires, des employés insensibles aux souffrances du patronat, en élevant les gosses comme de futurs grévistes. 
La vie est trop dure ? Mais tire toi une balle, grâce à Dieu (les U.S.A) nous vivons dans un monde idyllique ou l‘Homme remplace l‘Homme quand la machine ne peut pas encore le faire. Mais vas y gueule mon con ! Gueule si ça t’amuse, on finira bien par trouvé un moyen de te dégager, et si c’est pas toi, ce sera l’autre derrière toi. T’as intérêt à courir aussi vite que tu gueules fort, parce que lorsqu’on lâchera les chiens sur toi dans les collines…hum, je mégare.
Toujours est il que ça passe son temps à gueuler ici bas, le travail est une corvée qui n’est jamais suffisamment rémunérée à vous entendre, et ceci à tous les niveaux. Les cerveaux ont beau fuir, c’est pour gagner plus, et lorsqu’ils voudront plus sans pouvoir fuir, ils gueuleront à leur tour. Sans leur travail, ça leur sert à quoi d’être un cerveau ? On en trouvera un moins cher, et puis merde, qui a dit qu’on ne peut pas éduquer un esclave docile pour devenir un esclave-architecte, un esclave-physicien ? C’est vrai quoi. Il devient urgent de rétablir l’esclavage, en masse même. Non parce que franchement, à vous voir gueuler comme ça, je me dis qu’il faut vous rappeler que le travail, c’est un droit, et qu’au final, la rémunération, les avantages et tout ce qui s’en suit, c’est très surfait. Voyez comme ça vous corrompt, voyez comme vous en oubliez la valeur et la noblesse du travail.

Il est grand temps de supprimer la notion de rémunération pour un effort, qu’il soit discutable ou non. Le travail se suffit à lui-même, vous sentir utile et efficace doit être votre seule raison d’être. Franchement, demander un salaire, quelle infamie. Bande d’ordure, oser demander du fric pour faire quelque chose. Vous savez ce que vous êtes ? Des putes, voila tout. Ni plus, ni moins. Vous prostituez votre temps, temps inutile si vous étiez sans emploi, pour occuper vos journées en travaillant, et en plus de ça, faut vous glisser un billet dans le slibard…Nan j’en démord pas, vous êtes des putes. D’ailleurs, à vous voir battre le pavé pour un oui ou pour un non, ça ne fait que confirmer ce que je pense.

Pardon ? Oui oui, je touche un salaire, mais moi c'est différent. Moi je le mérite.



Tags: humour noir
3 commentaires

Santé !

22 octobre 2007 18:50 | Intoxiqué | 1 commentaire

 

C'est courageusement, par lyrisme clinique et amour de la blouse blanche, que je me rends un beau matin dans un centre médical afin de me faire prélever quelques échantillons du sang qui parcourt mes veines (entre autres choses).
L'angoisse de l'attente, la peur de la découverte. Mais je m'emballe. Ce bilan sanguin complet, ordonné en bonnes et dues formes par mon médecin, inquiet pour ma santé – à 22 euros la visite il peut se permettre cet état d'âme – n'est peut être que la partie visible de l'iceberg. Aucun vaccin à jour depuis plus de quinze ans et une manie à délaisser ma santé auront peut être raison de moi. Je m'attends au pire.
On appelle enfin mon numéro, après tout nous ne sommes que ça. On me fait entrer dans une pièce, on m'installe, on me pique, on me prend mon sang avant de me dire poliment mais fermement que d'autres attendent leur tour. Si ça se trouve, je suis mourrant, sauf que personne ne le sait encore. «Et la présomption de maladie t'en fais quoi salope ?» ai-je hurlé à l'infirmière. J'aurais modéré mon jugement si on m'avait au moins filé un petit gâteau pour couper ma faim.

Et l'attente se prolonge, mais pas au centre hospitalier, elle s'insinue dans mon existence quotidienne. Je dois attendre. Je sens déjà la maladie qui me ronge continuer son ouvrage, avec plus de zèle qu'avant que je soupçonne son hypothétique existence. Les jours défilent, tous semblables, et je m'affaiblis à vu d'œil. Dire qu'avant d'aller chez le docteur, tout allait bien.
J'attends toujours le courrier qui me fera office d'épitaphe. Lorsqu'il arrive enfin, c'est tout d'abord la facture qui accompagne les soins qui me porte un coup fatal. Faire payer cent euros pour une malheureuse prise de sang à un mort en sursit, c'est un manque de tact effroyable, intolérable, inconcevable. Je pourrais me faire rembourser par la suite, mais, si je meurs avant d'être remboursé ?
Et lorsque j'ouvre le courrier qui m'est adressé, je frémis. Je parcours le bilan sanguin, et fonce chez mon médecin.

Je lui fais part de mon inquiétude quant à ces résultats catastrophiques. Hématies, hémoglobine, V.G.M Leucocytes et ainsi de suite, tout est parfaitement normal. Ce qui m'inquiète le plus, c'est cette phrase en bas du compte rendu de mon bilan sanguin, cette phrase de mauvaise augure, qui tombe comme un couperet : « absence d'anomalie cellulaire notable »
Soudain, tout bascule à jamais, alors que mon toubib m'annonce que je suis bel et bien en parfaite santé, avant d'ajouter que c'est même plutôt étonnant. J'éclate en sanglots, lui hurle qu'il se trompe, qu'ils ont fait une erreur quelque part, tandis qu'il reste imperturbable, marmonnant des formulations de politesse très recherchées du genre « je suis désolé », mais qu'il « me reste encore un espoir ».

Un espoir, il en a de bonnes lui, on voit bien qu'il n'est pas dans ma situation. Lorsque je sors de son cabinet, je goutte à l'air oxydé de la ville, m'enivre du soleil générateur de tumeurs, me délecte du chant des oiseaux vecteurs de maladies… heu non en fait ça me gonfle toujours autant ces niaiseries, mais pourtant, je goutte chaque instant de mépris que je voue envers toutes ces merveilleuses choses, qui font d'une existence fade pour être humain moyen, rien de plus ni de moins que ce qu'elle est déjà.
Je vis chaque seconde comme si c'était la dernière, au bout d'une minute j'arrête de compter parce que ca devient ridicule, et me résous à mon triste sort.
Je suis en bonne santé. Quelle tragédie.
C'est dingue d'avoir une vie aussi banale. Même pas foutu d'être à l'article de la mort à vingt trois ans, c'est absolument pathétique. Je rate décidément tout ce que j'entreprends.

Je croise un handicapé moteur, déambulant sur son fauteuil roulant. Mon destin tragique m'apparaît comme une insulte et l'irruption de ce personnage, une provocation, à laquelle je réponds.
Je me lance à la poursuite du malandrin en lui jetant des pierres ainsi qu'en l'insultant allégrement, afin d'expier mon chagrin.
Les gens malades n'ont aucune pitié pour les personnes en bonne santé, trop heureux de pouvoir goûter avec délectation aux plaisirs les plus simples, et bien moi je n'ai aucune pitié pour eux, moi qui souffre du terrible fardeau de la normalité, ainsi que du peu de jouissances qui l'accompagne.

Monde de merde.




Tags: humour noir
1 commentaire